extrait de la préface de Jean
Giono
Puimoisson est au milieu du sauvage plateau,
a l'endroit juste ou le vent qui a sauté les Alpes retombe
à pieds joints. Il s'est déchiré les jambes
à toutes les montagnes, il s'est irrité des neiges,
il s'est gonflé d'une ire qui a tordu et retordu ses muscles,
il s'est tendu dans le grand saut. Puimoisson c'est l'aire ou il
foule rageusement le grain de la colère. Du coté du
plateau, le village a avancé son petit cimetière et
s'est barricadé derrière des tombes ; Du coté
de la montagne, il a fait la part du vent, il a abandonné
ses granges et ses maisons et il les laisse déchirer par
l'air fou. Lui, il se fait son petit chaud a coté du clocher,
derrière cent petites fenêtres luttées de papier
journal. Il est toujours propre et sans fumées, lavé
au fond du vent comme un galet de la Durance. Et, été
comme hiver, le temps écrase là-dessus sa vendange
d'orage.
(roman le dernier feu de Maria Borrely)
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